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... La confrérie des pèlerins de Saint Jacques d’Elbeuf


Pierre Hébert de Cormelles-le Royal a bien voulu nous faire parvenir un article sur une confrérie de pèlerins de Saint Jacques. Cette communication est dans la continuité de ce qu’il nous avait dit dans le « Jacquet » numéro 10 où il nous avait parlé des pèlerinages effectués vraisemblablement dans le cadre des épidémies de peste.

Comme on peut le constater Pierre est un infatigable chercheur sur le phénomène jacquaire et les Confréries Normandes.

A Elbeuf, avant que la confrérie des pèlerins de Saint Jacques ne voie le jour, saint Jacques n’était pas un inconnu. Le comte Galeran de Meulan qui partit en croisade en 1147, avait fait précédemment le pèlerinage de St Jacques de Compostelle, patron de l’Espagne.

En 1420, un anglais, le duc de Clarence (au cours de la guerre de Cent Ans) y avait fait construire une forteresse dans laquelle il édifia une chapelle sous l’invocation de saint Jacques. Le 15 octobre 1449, les anglais chassés définitivement d’Elbeuf, la forteresse fut détruite. Sur son emplacement fut bâti un nouvel hôpital, appelé hôpital Saint-Jacques.

Egalement en 1474, la léproserie d’Elbeuf Saint Chaux et Saint Félix avait une «chapelle Saint-Jacques en la léproserie ». A noter qu’antérieurement cette léproserie était parfois appelée «maladrerie dite de Saint-Jacques ».

A Elbeuf les conditions sanitaires étaient très favorables à la propagation des épidémies de peste. Avant 1512, la confrérie du métier de tisserands s’était mise sous la protection de Saint Roch dans l’église Saint Etienne. Elle était déjà suffisamment riche à cette date pour offrir une verrière que l’on peut toujours voir.

Il existera plus tard également en l’église Saint-Jean une confrérie des compagnons drapiers de la manufacture royale d’Elbeuf sous la protection, aussi, de Saint-Roch

La peste était bien la hantise de ces compagnons drapiers puisqu’en plus de la mise sous la protection de saint Roch, cette dernière confrérie faisait dire des messes également le «jour de St Sébastien et St Adrien, où tous les frères assisteront ».

Les saints Roch, Sébastien et Adrien étaient alors les saints anti-pesteux les plus sollicités de Haute Normandie.

A partir de 1621, une épidémie fit de nouveau de grands ravages dans notre province. A Elbeuf, la situation était des plus graves. Les invocations à Saint Roch, saint Adrien et Saint Sébastien n’étant probablement pas jugées assez efficaces, des pèlerins ont dû aller faire le pèlerinage à Compostelle.

On peut penser selon François Dupont (qui écrit en 1782 et dont deux membres de sa famille avaient peut-être fait ce pèlerinage car on retrouve deux Dupont dans la confrérie en 1698), qu’ils se sont regroupés. Une confrérie des pèlerins de Saint Jacques a été créée et des statuts ont été approuvés le 14 juin 1624 par Mgr Péricard, évêque d’Evreux. Malheureusement nous n’avons pas le texte de ces statuts.

Ce qui est certain, c’est que François Dupont, nous dit que la confrérie envoyait 3, 5 ou 7 pèlerins chaque année pour demander la protection de saint Jacques contre la peste. En 1842, un autre historien d’Elbeuf, Guilmeth, ajoute que ces 2, 5 ou 7 pèlerins étaient envoyés «selon que la piété des fidèles se montrerait plus ou moins généreuse ».

La confrérie des pèlerins de Saint Jacques s’était vue attribuer la chapelle St Mathurin de l’église Saint-Jean d’Elbeuf. L’autel se trouvait contre le second pilier du chœur à droite. Cette chapelle prit insensiblement le nom de chapelle Saint Jacques.

De l’autre côté de la nef il y avait un autre autel dédié à St Sébastien. Comme ces deux autels resserraient le passage pour l’accès au choeur, ils ont été démolis en 1735.

Nous savons par un acte de notaire du 21 décembre 1698, que cette confrérie avait à cette époque au moins 23 confrères, «tous frères de la confrairie establye par aucuns d’eux et leurs antiens en l’eglize de Saint-Jean d’Elbeuf, à la Gloire de Dieu, sous le nom et protexion du glorieux Saint Jacques le Grand, ayant iceux fait le voyage dudit Saint Jacques. »

Ils approuvent un nouveau règlement.

Ils «ont résolu entr ‘eux qu ‘il sera continué à estre fait dire et celebré, aux despends de leur société, une messe basse à l’hostel de Saint-Jacques, le troizième dimanche de chaque mois de l’année, en l’intention et pour le repos tant de leurs âmes après la mort et, en attendant ce, pour le repos des âmes de leurs frères decedés. »

«Quand quelqu ‘un d’eux sera decedé, leurs femmes ou enfants demeurants sur lad. parroisse de Saint-Jean, les autres frères seront tenus d’assister au convoy et inhumation desd. decedés, avec leurs torches et chapperons, à peine de cinq sols d’amende contre chaque défaillant, à moins qu’il n ‘ait excuze ou congé du Roy en charge, sauf le cas de maladie ou autres raisonnables ».

«Immédiatement après le deceds de quelques-uns desd. frères, les autres frères seront tenus et obligez de faire dire et celebrer chacun une messe pour le repos de l’âme dud. decedé, à leurs frais. »

« Tous lesd. frères seront tenus assister au convoy des pellerins qui dezireront faire le voyage de Saint Jacques, jusques au lieu ordinaire, et aller au devant de ceux qui en reviendront, les conduire à 1 ‘eglize, comme il a esté et est maintenant praticqué, à peine de pareille amende de deux sols six deniers payable comme dict est... »

Avec le début du 18 e siècle la peste cessa de faire des ravages à Elbeuf comme dans toute l’Europe en raison des mesures d’hygiène qui furent prises.

On constate aussi que le nombre des pèlerins a diminué au point qu’en 1782, François Dupond constate qu’il n’y a plus qu’un seul pèlerin vivant qui continue à faire dire au moins une messe chaque année pour un certain Pierre Davoult, un ancien confrère pèlerin, bourgeois de Rouen qui avait fait une donation à cet effet.

En 1785, il décédait puisque cette donation passe entre les mains de la fabrique de l’église saint-Jean. C’était la fin de cette confrérie.

Pierre HEBERT

 

 
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